Affaire Wallace (18 mai 2019)

Source: Los Ángeles Press
Auteure: Guadalupe Lizárraga
Le 18 mai 2019 (
Publication originale le 25 avril 2019)
Traduction: Emmanuelle Gauthier-Lamer

 

La PGR a aidé Isabel Miranda de Wallace à fabriquer des preuves

 

Une fois arrivé à México, il l’a contactée, et celle-ci a insisté pour le rejoindre quelque part. León Miranda lui proposa à la bibliothèque de México, à la Citadelle. ” Je ne savais même pas où se trouvait la bibliothèque, dit-il à Los Angeles Press, et j’ai l’ai attendu, assis sur un banc, jusqu’au moment où je vois arriver deux fourgonnettes noires modernes,  et elle était avec des gens venus s’occuper d’elle. Quand je les ai approchés,  ils m’ont dit de monter dans le camion par l’arrière, que nous allions à la SIEDO.”

León Miranda a été transféré aux installations de la Subprocuraduría de Investigación Especializada en Delincuencia Organizada (SIEDO). Elle lui a donné un laissez-passer pour un petit laboratoire, où une femme a pris son échantillon de sang. Une seringue, dit-il. Puis, un ministre lui a demandé de mettre une attelle sur sa main droite pour l’immobiliser, et ils se sont ensuite déplacés dans un autre cubicule. Isabel lui a dit de ne pas parler du tout et l’a présenté comme José Enrique del Socorro Wallace Díaz. Isabel a également dit au ministre qu’elle allait signer pour lui, étant donné qu’il ne pouvait pas bouger sa main. Une fois seuls, Isabel a dit à León, selon son témoignage, qu’elle avait signé les documents en tant que Wallace.

Carlos León Miranda craignait pour sa vie et celle de ses enfants et n’a plus jamais eu de contact avec Isabel, pas plus qu’il ne connaissait les résultats de l’échantillon de sang fourni. Des années plus tard, la presse a appris que la défense de l’accusé avait mis en doute la validité de la goutte de sang d’un centimètre parce qu’elle disait que c’était le sang d’une femme, et la personne en charge de l’analyse elle-même admettait qu’il y avait une erreur de frappe.  Les schémas génétiques de l’analyse ont disparu au PGR, et à ce jour le doute persiste sur la personne de qui cette goutte de sang provient, dont la défense avait initialement spéculé qu’elle venait de Claudia Wallace Díaz, demi-soeur d’Hugo Alberto et fille biologique d’Enrique Wallace et Isabel Miranda.

 

La cohabitation d’Hugo Alberto avec son père biologique

« J’ai cru comprendre qu’Hugo Alberto est allé faire un internat en Océanie, et oui, lorsqu’il est arrivé ici à Ensenada, il a commencer à fréquenter des dealers », explique Carlos León Miranda. «Depuis qu’il était enseignant à l’école Aztlán, l’une des écoles où Isabel Miranda Torres était directrice, même si elle n’avait pas d’accréditation professionnelle, Hugo Alberto était un consommateur de cocaïne. Cela a été confirmé par son père, par un autre témoin fiable et par un de ses camarades de classe de l’école dont nous préférons garder l’anonymat.

Hugo a rendu visite pour la première fois à son père biologique à Ensenada à la fin d’octobre 1994. Isabel avait toujours refusé de donner des informations à son fils concernant son père, et elle avait interdit à León de voir son enfant depuis que ce dernier avait atteint les 4 ans; par ailleurs, le père avait insisté pour obtenir la garde partagée, mais il a lâché prise après que les frères d’Isabel l’eurent menacé de mort avec des armes à feu. L’un d’eux s’était muni d’un uniforme de police fédérale et, avec une arme à feu à la main, est allé le menacer dans un stationnement. Carlos León lui a dit qu’il voulait uniquement voir son fils et qu’il ne dérangerait pas Isabel. Mais le frère d’Isabel lui a répondu par des insultes et des menaces de mort. Carlos lui a même dit que s’il enlevait son uniforme et laissait de côté son arme, ils pourraient s’entendre sur un accord. Mais l’autre homme trop furieux ne broncha pas.

Quand Hugo est allé voir son père en 1994, il avait déjà 25 ans et était marié à Erika Monsiváis Tenes. Ils avaient une fille biologique, Andrea Isabel. Le père d’Hugo les a logés dans sa maison, propriété que sa mère María Guadalupe Miranda Romero l’a aidé à acquérir. Carlos León vivait avec sa conjointe, une infirmière qu’il connaissait depuis 1971, quand ils travaillaient ensemble à l’ISSSTE. De cette union est né le seul fils qui porte le nom complet du père.

Selon plusieurs témoignages, le principal fournisseur de cocaïne d’Hugo était El Mortal, un dealer local dont il avait déjà fait mention. Durant ces années-là, il dépensait environ cinq mille pesos par jour, en drogues, en plus de ce qu’il dépensait en alcool. Il cohabitait avec ses demi-frères, le père insistait sur ce point. Un de ces soirs, Hugo est sorti faire la fête, laissant son épouse Erika et leur fille à la maison de son père. C’est ainsi qu’Erika, en parlant de leurs souvenirs de famille, a réalisé de quelle manière Hugo avait été conçu.

Isabel avait 17 ans et vivait déjà avec sa tante María Guadalupe Miranda Romero, la mère de Carlos. Il était chirurgien, avait deux enfants et travaillait dans une pharmacie que sa mère avait fondée dans l’arrondissement de Roma. Isabel était débarquée chez lui à sa demeure, où il vivait avec son épouse et ses enfants, et le sortit pour l’emmener en moto à Cuautla, où ils achetèrent marijuana et alcool. Même que, c’est de cette manière qu’ils sont arrivés à l’état civil d’Amecameca, dans l’état de México, pour se marier. Quelques mois plus tard, Hugo est né et ils l’ont enregistré jusqu’à un an, dans la délégation de Xochimilco.

Certificat de mariage de Carlos León Miranda et de María Isabel Miranda Torres, alors qu’elle était enceinte de trois mois d’Hugo Alberto. Crédit: Los Ángeles Press

Cette histoire familiale a été racontée à Erika, puis de Erika à Hugo un de ces matins. Une fois qu’il apprit cette histoire, il en fut très bouleversé, et à ce moment précis il prit le téléphone pour parler à sa mère. C’est son grand-père, Fausto Miranda Romero, le père d’Isabel, qui répondit à l’autre bout du fil:

– Grand-papa, passe-moi à ma mère pour lui parler!

Sans pouvoir entendre ce que dit la personne de l’autre côté du téléphone.

– Je te dis que je veux parler à ma mère, passe-la-moi!

– …

– Je n’en ai rien à foutre! Passe-la-moi!

– …

– Est-ce que c’est vrai que tu allais fumer de la marijuana avec Carlos?

– …

Soudainement, Hugo Alberto a projeté son téléphone portable au sol, et son visage est devenu rouge foncé de rage. Il s’est adressé à sa femme:

– Allons-y, Erika! Pour notre santé mentale! Allons-y!

Et le père d’Hugo, aux petites heures du matin, les a emmenés dans sa voiture à Tijuana pour prendre un vol pour México.

 
Pourquoi avoir attendu jusqu’à maintenant?

Carlos León Miranda, dans une entrevue accordée au Los Angeles Press, quelques minutes avant sa comparution devant le bureau du procureur général, a déclaré que son silence pendant toutes ces années était dû à la peur. L’arrivée de Andrés Manuel López Obrador a changé sa perception de la situation. Il a même dit qu’il connaissait le président de la République, car il l’avait salué en personne dans la ville de Tijuana, où il lui avait soumis un projet pour guérir le VIH-sida et d’autres maladies du système immunitaire par l’homéopathie. Carlos s’est consacré à l’étude et à la spécialisation de diverses branches de la médecine. Il en était venu à l’homéopathie pour contrer les effets secondaires de l’allopathie et parce que ses patients n’avaient pas les moyens de payer les coûts élevés des produits de laboratoire. Il a suivi des cours à Cuba, en Arizona, au Mexique et à la frontière nord.

Néanmoins, Carlos a vécu dans la peur des menaces d’Isabel et de ses frères. Toute la famille a dû garder le silence non seulement sur la fabrication de l’enlèvement d’Hugo Alberto, mais aussi sur l’origine du père biologique d’Hugo Alberto et sur le mariage de Carlos  León avec elle, avant même la fabrication de l’enlèvement. Isabel a utilisé les agents de SIEDO-PGR pour ses menaces et pour fabriquer les preuves nécessaires au dossier ou pour faire disparaître les preuves fournies par la défense de l’accusé. Ainsi en est-il des schémas génétiques de l’analyse de l’échantillon de sang, de la signature d’Enrique Wallace, du certificat de casier judiciaire vierge qu’ils ont fabriqués pour la Cour de Chicago au nom d’Hugo Alberto, signée par un procureur anti-kidnapping qui ne travaillait plus chez PGR, pour ne nommer que ces documents. 

Certificat (faux) attestant du casier judiciaire vierge présenté à la Cour de Chicago, fabriqué à la PGR, comme l’atteste le sceau officiel. Crédit: Los Angeles Press

Le Los Angeles Press a interrogé Carlos León au sujet de l’accident d’un autre de ses fils. Il a alors regardé la caméra de face et ses larmes ont commencé à couler. Il s’agissait de Máximo Antonio Miranda Rodríguez, âgé de 25 ans, fils qu’il a eu avec sa première femme. Il aurait été victime d’un accident de la route qui lui a coûté la vie. Toutefois, il y a des témoins de l’accident de Antonio, “Toñito”, comme l’appelle encore aujourd’hui son père, qui soutiennent que cet accident aurait pu être provoqué. Dans le vidéo, León Miranda souligne que cet accident présumé pourrait être lié à Isabel, car il est arrivé entre six mois et un an avant la disparition d’Hugo. Hugo est même allé aux funérailles d’Antonio, et Isabel l’a appelé au téléphone pour lui exprimer ses condoléances.

– J’ai été bien bête, c’est comme ça qu’ils m’ont eu!, dit León en racontant l’accident de son fils Antonio. La version alternative qu’ils lui ont donnée était qu’Antonio était dans sa voiture quand il s’est fait rentré dedans par un camion noir et une fois vis-à-vis de la voiture du jeune, derrière la fenêtre quelqu’un lui a fait des signes avec un objet ressemblant à une arme à feu. Antonio a accéléré avec sa voiture, qui était un modèle plus ancien, et alors qu’il roulait sur un pont il a perdu le contrôle de son véhicule. Mais il a eu le temps de souffrir beaucoup avant de mourir, dit León.

« Ce qu’a fait Isabel n’est ni juste ni légal, cela a été plusieurs années de souffrance pour toute la famille, elle se prenait pour la Vierge de Guadalupe. Comment une personne peut-elle avoir autant d’ego », et León fixe son regard au sol, tandis que le procureur l’appelle pour comparaître.