Affaire Wallace (4 mai 2019)

Source: Los Ángeles Press
Auteure: Guadalupe Lizárraga
Le 4 mai 2019 (Publication originale en Espagnol le 13 février 2019)
Traduction: Sandrine Blanvillin 

 

Détentions et tortures sous la direction d’Isabel Miranda pour soutenir l’existence d’un “cas Wallace”

 

Le 30 janvier 2019, César Freyre Morales a écrit une lettre qu’il a pu faire sortir du pénitencier fédéral El Altiplano situé à Almoloya de Juárez dans l’état de Mexico, grâce à l’aide de tierces personnes. Emprisonné depuis treize ans, accusé d’être le chef de la supposée bande responsable de l’enlèvement d’Hugo Alberto Wallace Miranda, il a été fait prisonnier illégalement par Isabel Miranda Torres et quatre agents ministériels le 23 janvier 2006, alors que Miranda ne l’a présenté au Siège de la PGR que trois jours plus tard, le 26 janvier. Il décrit dans cette lettre les tortures subies au cours de cette détention dans ce pénitencier, et auxquelles Miranda a participé, selon son témoignage, afin de lui soutirer une confession incriminante, ce qu’il a fait en 2010, puis en 2016 mettant également en cause ses co-accusés.

Extraits de la lettre de César Freyre Morales à Guadalupe Lizárraga, écrite le 30 janvier 2019, dans le pénitencier de l’Altiplano, disponibles dans la version originale en espagnol : ici

 

Depuis juillet 2005,la propre mère d’Hugo Alberto Wallace Miranda a fait en sorte que son nom apparaisse dans les gros titres des périodiques et les nouvelles sur le Net, présentant son fils comme le jeune entrepreneur enlevé et assassiné par asphyxie, puis démembré à la scie électrique afin de faire disparaitre son corps dans des sacs poubelle en plastique. C’est en tout cas ce que la mère de Wallace a crié aux quatre vents, et en plus d’accuser César Freyre de ces faits allégués – sans aucun élément de preuve – elle a également accusé Juana Hilda González Lomelí, Jacobo Tagle Dobín, Brenda Quevedo Cruz, et les frères Albert et Tony Castillo Cruz, tous emprisonnéssuite à des témoignages obtenus sous la torture. Nonobstant, Miranda a élargi ses accusations à Jael Malangón Uscanga et à sa femme Paola Díaz Romero, ainsi qu’à George Khoury Layón et à sa sœur María de Lourdes, dans le but de prouver qu’il s’agissait d’un groupe criminel organisé. La femme de Jael a été détenue pendant trois mois, laissant son fils de quatre ans aux soins de sa famille, tandis qu’un mandat d’arrêt a été émis contre la sœur de George, qui vit sous une menace constante.

Avec le soutien inconditionnel des médias et des autorités judiciaires, Isabel Miranda a montré à tout le Mexique l’image d’une mère détective qui a eu le courage de poursuivre les ravisseurs de son fils, et qui, avec une photographie en main de ce groupe de jeunes, a capturé chacun d’eux en moins de six mois. La torture a été utilisée lors de chaque capture, selon les témoignages des victimes, et sous l’administration de Felipe Calderón et d’Enrique Peña, le Bureau du procureur général a réduit au silence chaque tentative de demande d’aide en renouvelant les tortures et les menaces envers leurs familles. Isabel Miranda avait le monopole pour s’exprimer sur cette histoire, et chaque tentative de donner une autre version des faits supposés a été écartée par les médias, en plus de représailles perpétrées à l’encontre de ses défenseurs.

A partir du 31 mai 2014, suite à la publication d’une série de reportages qui présentaient le livre La fausse affaire Wallace (El Falso Caso Wallace), les victimes d’Isabel Miranda ont osé témoigner de la terreur qu’ils avaient vécue en prison. Leurs mères et leurs proches ont également souffert du harcèlement des employés de l’Agence fédérale d’investigation (AFI) et des fonctionnaires du Bureau du procureur général, comme ce fut le cas pour Enriqueta Cruz, la mère de Brenda Quevedo ; et de la mère de Jacobo Tagle. On les a menacées d’une arme à feu,  leurs maisons ont été perquisitionnées et pillées, leurs enfants menacés de mort en 2014. Malgré tout, elles se sont armées de courage et ont commencé à raconter le calvaire qu’elles et leur famille respective  vivaient à cause des autorités et de madame Wallace.

 

Le cas de César Freyre

Écrite de sa propre main sous sa rubrique, César Freyre raconte dans une missive de 17 pages et en 25 points les violations de ses droits constitutionnels dont il a été victime, en toute impunité, de la part d’Emilio Álvarez Icaza Longoria, alors secrétaire de direction de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, et actuel sénateur de la République. Freyre a rédigé une plainte de cinq pages qui porte le numéro P-1106-09, déposée en date du 24 novembre 2016, dans laquelle il a demandé l’intervention de monsieur Álvarez Icaza Longoria contre le traitement cruel et inhumain qui lui est systématiquement infligé par les autorités pénitentiaires, mais il n’a reçu aucune réponse.

Freyre insiste particulièrement sur deux journées durant lesquelles il a été torturé, les 2 et 22 octobre 2010. Cela s’est passé au sein même du pénitencier fédéral de l’Altiplano, on l’a sorti du lit et fait monter dans un hélicoptère en plein milieu de la nuit. On lui a fait écouter un enregistrement de la voix d’Isabel Miranda qui le menaçait de le faire jeter vivant hors de l’hélicoptère. Freyre avait les pieds et les mains liés tandis qu’il était maintenu suspendu la tête en avant dans le vide et que le pilote exécutait des manœuvres aériennes. Les deux fois, Freyre s’est évanoui pour se réveiller à l’infirmerie du pénitencier, « sans avoir aucune notion du temps ou de l’espace ».

Au point 7 de la lettre, il affirme qu’on l’a sorti du pénitencier de la même façon à trois reprises, et qu’on l’a fait monter dans un hélicoptère. Il ne se rappelle pas de la date. On l’a emmené sur une esplanade, un terrain, dit-il. Là-bas, on l’a torturé avec des câbles électriques, on lui a injecté un liquide irritant dans les narines et on lui a mis un masque sur le visage, lui faisant respirer des gaz qui lui ont fait perdre conscience. Lors de l’une de ces sorties du pénitencier, une infirmière lui a dit qu’il avait été ramené « dans le coma ».

Freyre pense qu’il s’agissait d’un hélicoptère privé parce qu’il n’y avait aucun logo officiel, mais il affirme avec certitude, de par leur vocabulaire et la façon dont ils s’exprimaient, que ses bourreaux étaient des policiers formés aux techniques de tortures.

Freyre a écrit qu’Isabel Miranda lui avait rendu visite dans sa cellule une dizaine de fois. Les gardiens lui disaient que madame Miranda voulait « s’entretenir » avec lui, et pour cela ils l’emmenaient au Centre d’observation et de Classification où il est resté seul avec elle en deux occasions. Elle lui a demandé ce qui était arrivé à son fils, et si ce n’était pas lui, alors « qui étaient les coupables ». Le silence de Freyre la rendait furieuse et elle l’a giflé à plusieurs reprises. Il lui est également arrivé de lui montrer des photographies de sa mère et de parents proches, avec la liste de leurs adresses et numéros de téléphone, ainsi que des photographies de corps mutilés ; elle lui disait que c’était ce qui arriverait à sa famille.

Dans sa missive, Freyre décrit comment se passaient les séances de torture en présence d’Isabel Miranda. Elle était accompagnée d’hommes cagoulés, vêtus de costume, et qui utilisaient des gants chirurgicaux. Ils lui sanglaient les pieds et les mains à une table d’examen médical, et tandis qu’ils le torturaient, Miranda posait les questions. La douleur lui faisait perdre conscience et la notion du temps qu’il passait à l’infirmerie pour se remettre. Quand il se réveillait, Miranda lui disait que « Felipe Calderón et sa femme étaient au courant de tout ». Freyre affirme qu’il a également été torturé sous le gouvernement de Peña Nieto : « avec la complicité et la complaisance du commissaire national chargé de la sécurité, Renato Sales ».

Le premier avocat que Freyre a engagé pour le défendre a été menacé de mort et a abandonné le cas. Le deuxième a été « enlevé », écrit-il, « par des hommes armés », et le troisième a abandonné sa défense parce que des intrus sont rentrés par effraction dans sa maison et l’ont roué de coups comme s’il s’agissait d’une quelconque agression, mais en lui « recommandant de cesser de représenter Freyre ». Il s’est donc retrouvé avec un avocat commis d’office, ce qui équivalait presque pour lui, à rester sans défense.

En treize années de réclusion, Freyre a été transféré dans différents pénitenciers à travers les états du pays. Il fallait l’éloigner de sa famille, l’isoler, le couper de toute communication sans possibilité de recevoir des visites ou de la correspondance. Ses lettres n’étaient pas envoyées, celle-ci a pu passer grâce à une tierce personne.

« On m’a assigné comme compagnons de cellules des individus atteints de maladies telles que le virus du sida VIH, l’hépatite, et la tuberculose. A deux reprises, on m’a également assigné des personnes aux facultés mentales diminuées, condamnées pour avoir démembré leurs victimes, si dangereuses qu’on ne les avait acceptées dans aucun autre pénitencier », détaille Freyre dans sa lettre.

« Vivre constamment dans l’angoisse, systématiquement torturé, a altéré ma santé. Par la suite, je n’ai pas reçu une attention médicale suffisante, et j’ai dû avoir recours à la protection juridique afin de recevoir une alimentation proportionnée et adéquate, ainsi qu’un suivi médical », spécifie-t-il au point numéro 18.

César Freyre explique qu’il souffre du syndrome de Raynaud, une maladie que se manifeste par le rétrécissement des vaisseaux sanguins à cause du stress ou du froid. La peau prend une couleur violacée, des plaies se forment à cause du sang qui ne peut plus arriver à la surface. Il a été transféré quatre fois sans aucun ordre judiciaire, et dans chaque pénitencier où il est arrivé, les autorités de la prison l’ont menacé de mort, lui rappelant toujours que c’était « de la part de madame Wallace ». En ce moment, César Freyre est détenu au pénitencier Altiplano grâce à la protection juridique 556/2016-1-1, lui permettant de se rapprocher de son lieu d’origine.

Au point 23 de sa lettre, Freyre affirme que le 26 septembre 2016, on l’a obligé à écrire une lettre dans laquelle il confesse sa participation à l’enlèvement supposé d’Hugo Alberto Wallace Miranda, et incrimine ses co-accusés. Ce même jour, il a comparu devant un juge afin qu’il réitère verbalement sa supposée confession : « Quelques minutes avant ma comparution, on m’a mis en communication téléphonique avec ma mère María Rosa Morales Ibarra, retenue et menacée par des individus armés dans sa propre maison, qui allaient la torturer à mort si je n’acceptais pas d’accéder à leurs exigences. » A ce moment-là, dit-il, il est rentré en état de choc et a cédé à leur demande, acceptant de reconnaître sa culpabilité et d’incriminer ses co-accusés.

Dans le dernier point de la lettre, le point 25, Freyre fait référence aux médias qu’Isabel Miranda a utilisés pour le désigner comme le bourreau de son fils : « On a diabolisé ma personne, exhibant ma photographie sur des panneaux gigantesques le long des autoroutes dans les campagnes, comme dans les villes, donnant lieu à un lynchage médiatique de ma famille, dont les membres, ayant pour seul crime de porter le même nom que moi – Freyre – ont perdu leur emploi, ont été stigmatisés par leurs voisins ou dans tout projet qu’ils souhaitaient entreprendre en général, dans n’importe quel bureau ou annexe du gouvernement.

Il continue ainsi :

« J’ai été torturé par des professionnels de l’horreur et du martyre, utilisant des techniques sophistiquées. Je ne crois pas qu’il existe une personne qui, sans être pour autant coupable, ne se confesse quand elle est soumise au supplice auquel j’ai été soumis. A plusieurs reprises, lorsque j’ai été torturé, j’ai eu peur de mourir  parce que tout corps a ses limites. Je crois que je suis mort tant de fois aux mains de mes bourreaux que cette peur de mourir s’est transformée en amour de la vie, en un souffle d’espoir.

Maintenant ma plus grande peur est que madame Maria Isabel Miranda Torres ne mette ses menaces à exécution et ne s’en prenne à la vie de ma mère María Rosa Morales Ibarra. Ma peur est plus que fondée, puisque madame Maria Isabel Miranda Torres, dans sa soif maladive de vengeance, ne connaît aucune limite, en plus d’une absence totale d’humanité. Il me suffit de me rappeler sa joie et sa satisfaction de me voir être torturé en sa présence et donnant des ordres sur la façon dont je devais être torturé, comme cela est arrivé au pénitencier de l’Altiplano.

A ce jour, Madame Lizárraga, je n’ai pas été entendu, encore moins pris en considération. Le pouvoir politique exercé par Maria Isabel Miranda Torres est plus fort que l’Etat de droit dans notre pays ».

 

Les fonctionnaires, complices d’actes de torture

Après avoir accusé Isabel Miranda Torres de persécution déguisée et de harcèlement contre lui et sa famille, avec la complicité et la protection du gouvernement fédéral de Calderón et Peña, César Freyre dresse la liste de tous les fonctionnaires fédéraux et des autorités judicaires qui ont couvert Miranda et lui ont permis de le torturer. Parmi ces personnes, il mentionne les noms d’Eduardo Durán Guerrero, Commissaire à l’Organisme administratif décentralisé de la prévention et de la réadaptation sociale ; Emmanuel Castillo Ruiz, coordonnateur général de tous les centres fédéraux de réadaptation sociale (CEFERESO) ;Ángel Mejía Medina, directeur de la sécurité et de la détention ; Fernando Dotor Padua, directeur et commandant de la 1èreCIA ; Renato Sales Heredia, commissaire national de la sécurité ; et tous les directeurs de tous les centres de réadaptation sociale où il a été détenu.

Dans sa lettre, il mentionne également la détention illégale et l’emprisonnement de sa mère et de sa sœur pendant plus d’un an, à cause du trafic d’influences exercé par Isabel Miranda, afin de l’obliger à confesser sa culpabilité. Il souligne que « peu de temps après avoir été libérée, ma sœur Julieta Freyre Morales, est décédée des suites d’un AVC laissant ses deux filles mineures orphelines. Elle n’avait que 38 ans. »

 

Le cas de Jacobo Tagle 

Les tortures subies par Jocobo Tagle ont également été ordonnées par Isabel Miranda ; celle-ci a même participé en personne à l’une de ces séances. Jacobo a été torturé dès le premier jour de sa détention, le 3 décembre 2010, à Cuautitlán Izcalli, dans l’état de Mexico, lorsqu’il a été amené de force et menacé par arme à feu en présence de Miranda. Dans le Protocole d’Istanbul concernant le cas de Tagle, qui comprend 88 pages, ainsi que dans le résumé qui en comprend 5, le médecin chirurgien de l’UNAM (L’institut national autonome du Mexique), Raúl Enrique Ojeda Silva – identifiant professionnel 757805 – décrit l’examen médical pratiqué les 23, 24 et 25 avril 2018. Il y est expliqué que le jour du 3 décembre 2010, Tagle a été déshabillé devant Isabel Miranda, on lui a bandé les yeux, et attaché les mains et les pieds, puis on lui a mis un sac en plastique sur la tête avant de le frapper dans l’estomac. On lui a également fait subir la simulation de la noyade en maintenant un linge mouillé sur son visage pour l’asphyxier.

Un de ses bourreaux s’est présenté comme étant un agent de la police fédérale, bien qu’étant habillé en vêtements civiles et portant une arme. Le jour suivant, après l’avoir exhibé devant les médias comme étant l’un des ravisseurs, Tagle a été emmené dans un bureau où étaient présents Isabel Miranda, sa fille Claudia Wallace Miranda, un de ses neveux, et le représentant du Ministère public, Braulio Robles Zúñiga. Le policier fédéral le maintenait tandis qu’Isabel le bousculait dans tous les sens, lui tirait les cheveux et lui crachait au visage. Elle l’a interrogé sur son fils Hugo Alberto, et comme Jacobo lui répondait qu’il ne savait rien, elle l’a accusé de l’avoir tué et a exigé en hurlant qu’il lui dise où le corps se trouvait. C’est dans ce bureau que Jacobo a été obligé de faire une confession enregistrée, et au petit matin du 4 décembre 2010, Miranda a appelé Felipe Calderón pour lui annoncer qu’elle détenait enfin “le dernier des ravisseurs de son fils”.

Une autre des tortures utilisées par le policier a été d’exercer une pression sous ses orbites et de le frapper à la tête  à chaque fois qu’il se trompait dans sa confession enregistrée. Quand le policier exerçait une pression sur ses yeux, Jacobo dit qu’il ressentait une immense douleur jusque dans le haut du crâne, comme une décharge électrique. Son frère, Salomon Tagle, détenu illégalement à l’aéroport de la République Dominicaine où il était parti passer des vacances avec des membres de sa famille en décembre 2009, a également été menacé. Salomon a été emprisonné sans aucune charge, sur les ordres de Miranda, qui avait dit à Raquel Dobin, leur mère, de lui livrer Jacobo contre la libération de son autre fils, Salomon. Mais Raquel ne savait pas où ce dernier se trouvait jusqu’à ce que les policiers l’arrêtent dans l’état de Mexico l’année suivante.

Comme les autres inculpés, Jacobo a été transféré à plusieurs reprises dans différents pénitenciers, et à chaque fois, il a été brutalement frappé. Durant sa détention à Villa Aldama, Perote, dans l’état de Veracurz, on lui vaporisait deux fois par semaine du gaz lacrymogène dans la bouche et sur les parties génitales. Ces mêmes gardes l’ont violé et ont utilisé un pistolet à impulsions électriques Taser sur lui à plusieurs reprises. Une fois, ils l’ont même complètement déshabillé et laissé nu, allongé et menotté sur une table dans sa cellule, sans possibilité de s’asseoir ou de sortir dans la cours, durant 20 jours.  Au pénitencier de Tachapula, dans le Chiapas, il subit de la discrimination pour être juif, il est régulièrement puni sans motif, et on lui refuse une alternative au porc qu’il ne veut pas manger pour raisons religieuses. Sa correspondance est photocopiée et envoyée à Isabel Miranda.

Le Protocole d’Istanbul, émis par le pouvoir judiciaire, a démontré de façon très claire le haut niveau de stress post traumatique ressenti par les victimes de torture et de traitements inhumains. Il a été intégré à la cause pénale 35/2006 le 10 décembre 2018. Le protocole a également été appuyé par les résultats obtenus par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), le 16 juillet 2013. De la même façon, le Protocol fait également partie de la défense des droits humains d’organismes internationaux par la résolution déposée par le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies en faveur de George Khoury Layón . Ce dernier a été rattaché au cas Wallace par Jacobo Tagle, après une séance de torture, d’après les notes d’Isabel Miranda Torres.

Comme César Freyre, Jacobo a identifié les hommes qui l’ont torturé selon les ordres de Miranda. Il s’agit des gardiens José Guadalupe Pérez Ángeles, Iván Saín Correa, Francisco Ramírez Nava, Florencio Parcial, César Saucedo Ramírez, Óscar Herrera, Juan Fabela, et du directeur adjoint à la sécurité, Nicolás Cordero. Il cite également le directeur général du CEFERESO, du nom de Camero, le directeur de la sécurité, le commandant Javier Jiménez Santana, qui ont laissé les agents du ministère public Braulio Robles Zúñiga et Oswaldo Jumenez Juárez, torturer et violer Brenda Quevedo Cruz, une deuxième fois, lors de son transfert illégal au pénitencier Islas Marías, le 12 octobre 2010.

 

Le cas Albert Castillo

Au mois d’octobre 2010, les tortures infligées à toutes les personnes incriminées par Isabel Miranda se sont intensifiées alors que la date à laquelle allait être remis le Prix national des Droits de l’homme à Felipe Calderón, approchait. Les familles des victimes de torture étaient menacées afin que leurs enfants confessent l’enlèvement supposé d’Hugo Alberto Wallace, et que le cas soit déclaré clos.

Albert Castillo Cruz a souffert des mêmes pratiques de torture lors de sa détention illégale à partir du 7 mars 2006, avec la participation directe d’Isabel Miranda. Il n’a plus eu de nouvelles de son frère Tony, à partir du jour où celui-ci – qui s’était présenté pour faire une déposition – a été arrêté et emprisonné au centre pénitencier de Matamoros, Tamaulipas, où ni sa mère – María Elena Cruz, ni son oncle – Luis Camillo, n’ont pu lui rendre visite pendant 4 ans.

Isabel Miranda Torres a reconnu le 13 octobre 2010, devant Albert Castillo, que l’enlèvement de son fils était un cas fabriqué, plusieurs  heures après qu’il a été torturé au CEFERESO numéro 2, de Puente Grande, Jalisco.; et elle l’a menacé de venir au pénitencier à chaque fois qu’elle en aurait envie s’il ne se déclarait pas coupable. Albert n’a pas accepté, et il a été maltraité par cette femme de la même façon que Jacobo Tagle. Selon la plainte  formulée à l’attention d’Arturo German Rangel, alors en fonction en tant que procureur général adjoint  aux enquêtes spécialisées en délits fédéraux de la PGR (Bureau du Procureur général de la République), le 14 octobre de cette même année, trois agents ministériels et Braulio Robles Zúñiga se sont à nouveau présentés dans sa cellule pour le torturer. Ils lui ont crié “d’arrêter de faire l’imbécile”, qu’il n’allait pas “la leur faire”, en lui lançant toute une série d’insultes. « Ils lui ont passé des menottes aux mains et aux pieds, placé une serviette mouillée sur la tête avec un sac en plastique par-dessus pour l’asphyxier, tout en le rouant de coups », précise la plainte. Ses tortionnaires se sont arrêtés lorsqu’il a promis qu’il allait reconnaître sa culpabilité ; bien qu’il n’ait jamais été présenté devant un juge, il a été condamné à 93 ans de prison, tout comme son frère, sur la seule base des accusations d’Isabel Miranda Torres.

Albert Castillo a fait parvenir deux lettres à Emilio Álvarez Icaza, à la Commission panaméricaine des droits de l’homme pour demander son intervention. La première date du 24 juillet 2012, après que la Commission nationale des droits de l’homme, sous la direction de Raúl  Plascencia, a répondu qu’elle n’avait pas trouvé d’irrégularités ». La seconde, a été envoyée le 17 avril 2013. Pourtant, elle est également restée sans réponse, comme dans le cas de Freyre. La lettre comprenait les déclarations de J. Jesús Galván Díaz  y Erasmo Omelas Peñuelas qui étaient ses compagnons de cellule « au moment des faits ». Alberto Castillo souligne que « tous se sont rendu compte qu’on l’a sorti de sa cellule avec ses affaires pour l’y ramener une semaine plus tard avec des marques de torture, ce qui va à l’encontre des dires des autorités selon lesquelles il n’y a aucune trace de sa sortie ».

Il a également demandé aux internes de sa section, Luis Morales Villanueva, Manolo Padiema Sánchez et Carlos García Ferrat, de témoigner de ce qu’ils ont vu.

Castillo a identifié ses bourreaux, de même que Freyre et Tagle: Maria Isabel Miranda Torres, qui coordonnait les séances de torture ; le représentant du Ministère public, Braulio Robles Zúñiga ; le frère d’Isabel, Roberto Miranda Torres ; le directeur du CEFERESO, Francisco Javier Gómez Meza ; « et tous les responsables du pénitencier fédéral comme le directeur technique PedroRamírez, le directeur de la sécurité appelé Silva (Ignacio Silva Vázquez), les adjoints à la sécurité, les policiers, les surveillants pénitentiaires et tous les intervenants similaires ». Albert Castillo a même demandé l’organigramme des gardes afin d’identifier sur photographie ceux qui avaient pris part aux séances de torture, comme spécifié dans le document portant le numéro 1537/UEIDAPLE/12/2011 du Bureau du procureur général de la République, dans lequel il est établi le “Non-exercice de l’action pénale” contre les défendeurs.

Note: Dans la revue Marie Claire, en date d’août 2006, un des nombreux médias dans lesquels Isabel Miranda a confessé la détention de César Freyre, elle s’est vantée de l’avoir fait seule, aidée par son frère Roberto Miranda.

 
Détentions illégales et torture : l’affaire Wallace