Histoire de l’Association (Entrevue pour Radio Canada)

David Bertet, président de l’Association Canadienne pour le Droit et la Vérité
David Bertet, président de l’Association Canadienne pour le Droit et la Vérité

Source: Radio Canada (version originale en Espagnol)
Journaliste: Martin Movilla
Transcription et traduction : Laurie Touchette pour ACV

Le 6 janvier 2015

La lutte du Droit et de la Vérité contre les « coupables fabriqués »

Écouter l’entrevue en version originale (espagnole)

Martin Movilla : Les débats traitant de ces personnes qui sont injustement condamnées et incarcérées dans différentes régions du monde sont peu nombreux, tant au Canada qu’à l’échelle internationale. L’Association Canadienne pour le Droit et la Vérité se soucie de ces personnes. Son Président, David Bertet, est avec nous. Merci d’avoir accepté cette invitation de Radio Canada International.

David Bertet: Merci beaucoup de l’invitation.

MM : Pourquoi avoir créé l’Association Canadienne pour le Droit et la Vérité et de quoi se charge-t-elle exactement?

DB : C’est une association sans but lucratif composée d’activistes, de bénévoles et de plusieurs personnes possédant des carrières différentes. Nous disposons d’une équipe qui comprend entre autres des avocats, des professeurs et des journalistes. Nous nous occupons de défendre ceux que nous appelons les « coupables inventés », ou « coupables fabriqués », comme ce fut le cas de la française Florence Cassez.

Nous enquêtons donc concrètement sur ces cas de présumés innocents qui ont été injustement incarcérés. Avant de prendre la défense des individus qui se présentent à nous, nous procédons évidemment à une enquête. Ensuite, nous analysons les dossiers, révisons chaque feuille que nous avons à notre disposition et tentons de trouver ce qui explique les accusations portées contre ce que nous appelons « la victime ». Donc, il s’agît d’abord d’enquêter sur ces cas et puis d’appuyer moralement et psychologiquement les victimes et leurs proches. Je dirais qu’en troisième lieu, nous cherchons à enquêter sur ce système, cette mécanique de fabrication de coupables. Nous essayons de comprendre pourquoi elle se met en marche, comment elle se développe, pour pouvoir éventuellement prévenir ce qui se passe avec plusieurs personnes.

MM : Monsieur Bertet, quand on parle de coupables fabriqués, quels pays sont impliqués et sur quels cas travaillez-vous présentement? Qui sont les personnes qui pourraient être injustement accusées et condamnées?

DB : Nous avons débuté avec le Mexique, le pays dans lequel Florence Cassez a été incarcérée pendant plus de 7 ans. À force de travailler sur le cas de Florence, plusieurs personnes nous ont approchés avec des cas de menaces, voire même de tortures. En révisant les accusations portées contre ces personnes, nous avons découvert qu’elles contenaient plusieurs anomalies, pour le dire d’une façon politiquement correcte.

Le cas de la Française Florence Cassez, condamnée injustement au Mexique puis libérée après avoir passé 7 ans en prison, a été celui qui a amené plusieurs canadiens à lutter contre le concept de « coupables fabriqués ». Photo : AFP / Ronaldo Schemidt
Le cas de la Française Florence Cassez, condamnée injustement au Mexique puis libérée après avoir passé 7 ans en prison, a été celui qui a amené plusieurs canadiens à lutter contre le concept de « coupables fabriqués ». Photo : AFP / Ronaldo Schemidt

Alors, nous avons appris que le cas de Florence n’était pas le seul en son genre. Il existe d’autres personnes comme elle, des citoyens normaux, qui n’ont pas la possibilité de se défendre. Alors, elles se retrouvent coincées et ne peuvent s’en sortir.

Donc, pour répondre à ta question, nous avons commencé avec le Mexique, mais nous avons récemment été informés du reportage diffusé par Radio Canada sur le cas de Judith Brassard, un cas également assez honteux qui se déroule en Colombie. La Colombie est un pays que je connais bien et dont la culture m’interpelle beaucoup. Nous étendons donc nos activités vers d’autres pays, mais nous avons d’abord opéré au Mexique et la majorité des cas dont nous nous occupons en ce moment même sont des cas de mexicains et de mexicaines incarcérés.

MM : Il existe cette culture que vous appelez le concept de « coupable fabriqué ». Vous-même avez été proche du cas de Florence Cassez et, à ce moment, je me souviens qu’on parlait beaucoup de comment, pour la justice mexicaine et pour plusieurs mexicains, sa culpabilité était plus qu’évidente. Mais vous aviez des doutes, vous saviez qu’elle était innocente. Pourquoi le coupable se fabrique-t-il? Il est absurde de penser que la justice d’un pays condamne un innocent uniquement pour bien paraître dans les titres de la presse.

DB : En s’attardant aux statistiques, des données publiées en janvier 2012 par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime indiquent que 95 % des délits commis sur le territoire mexicain ne sont pas résolus. En d’autres mots, il existe un 95 % d’impunité. En même temps, selon une donnée publiée en août 2013, nous savons qu’il existe une surpopulation dans les prisons mexicaines d’environ 24 %. Alors, en plus du fait que les prisons soient bondées, les crimes ne se résolvent pas. Je me demande donc à quoi servent ces personnes qui sont incarcérées?

Je crois qu’il s’agît en premier lieu de couvrir les véritables responsables des crimes qui ont été commis. Les coupables inventés, ou coupables fabriqués, ne sont pas seulement des victimes d’erreurs judiciaires ou légales. Ce sont des personnes qui ont été choisies afin de jouer un rôle déterminé par une ou un groupe de personnes plus puissantes. En d’autres mots, elles doivent cacher une réalité, mais la réalité est que 95 % des crimes au Mexique ne se résolvent pas, et je ne crois pas que la situation ait changé depuis 2012.

Au-delà de cela, en plus de couvrir les véritables responsables des crimes, les autorités se servent des « coupables fabriqués » afin de faire croire à la population que quelque chose est fait afin de garantir sa sécurité. La vérité est tout autre.

MM : David, merci beaucoup pour ces quelques minutes consacrées à Radio Canada International.

DB : Merci beaucoup.

MM : David Bertet est le Président de l’Association Canadienne pour le Droit et la Vérité, qui défend des mexicains détenus dans les prisons du pays. L’Association a joué un rôle de protagoniste dans la défense de Florence Cassez, une française injustement incarcérée et condamnée au Mexique pour un supposé délit d’enlèvement. Maintenant libérée, elle se trouve en France. Les membres de l’Association s’occupent également du cas de Judith Brassard, une canadienne condamnée à 28 ans de prison en Colombie.