Affaire Yarold Leyte Quintanar (1 juin 2017)

Source: Blog Expediente
Autor: Itzel Loranca
Le 1 juin 2017
Traduction : Emmanuelle Lamer (Publication originale en Espagnol le 5 avril 2017)

Le présumé « assassin de Valle Alto »

• Yarold Christian Leyte Quintanar a été détenu pendant cinq ans à la prison de Tuxpan pour un meurtre qu’il n’a pas commis.
• L’association canadienne a avisé qu’un ancien fonctionnaire pourrait être impliqué dans la fabrication d’accusations portées contre Yarold.
• « L’Agence d’Enquêtes de Veracruz (Agencia Veracruzana de Investigaciones) a tenté d’impliquer mon fils à deux autres assassinats » selon Rosalinda Qintanar.

Au petit matin du 14 mars 2012, Yarold Christian Leyte Quintanar s’est déclaré coupable du meurtre de María Teresa González, à Veracruz. Cependant, ces aveux de culpabilité furent le résultat de la torture infligée par les policiers de l’ancienne Agence d’Enquêtes de Veracruz (AVI). Yarold a indiqué avoir reçu des chocs électriques, des coups et des menaces quelques heures après avoir été arrêté. De plus, les incohérences entre la confession de Yarold et les faits ont été documentées par des experts de l’actuel Procureur Général de Justice, par un expert indépendant et par une organisation internationale. Malgré tout, Yarold a reçu en 2015 la sentence de 32 ans et 6 mois de prison pour le meurtre d’une employée d’une entreprise de micro crédit et qui était mère d’une fillette et d’une adolescente.

Le dossier fût transféré dans la Première Chambre de la Cour Suprême de Justice de la Nation depuis cette année, après qu’un tribunal ait demandé la révision de la protection qui a été accordée à Leyte Quintanar par le Pouvoir Juridique de la Fédération.

 » Tout ce qui s’est dit pendant l’enquête n’a pas été vérifié, ils n’ont aucune preuve fiable qu’il s’agit de mon fils « , a déclaré Rosalinda Quintanar en se rappelant les menaces que son fils a reçues de l’AVI plusieurs mois avant l’événement. 

Elle continue de militer afin que la justice se fasse, pour sa famille et celle de María. Elle tente de retrouver ce qu’elle avait il y a cinq ans, avant que la vie de Yarold et de sa famille fût changée à jamais.

L’AVI a harcelé Yarold

Un mois s’est écoulé depuis l’arrestation de son fils avant que Rosalinda n’obtienne la permission de le visiter en prison. 

C’est à ce moment qu’elle apprit que l’arrestation de son fils, le 13 mars 2012, ainsi que sa confession ultérieure, faisait partie d’une sérieuse histoire de violence et d’horreur qui avait débuté plusieurs mois avant le meurtre de María. 

À l’autre bout du téléphone, dans la chambre de sa maison dans la capitale du Mexique, elle raconte que Yarold avait auparavant été rencontré par des agents de l’AVI, en 2010. Le cadavre d’une femme, Sandra Vianey González, avait été trouvé le 11 octobre de cette même année dans une maison déserte de la rue Flamingos de la partie de Valle Alto, à Veracruz. En avril 2011, une autre femme fut retrouvée sans vie, dans une différente demeure abandonnée de la même rue: il s’agissait de Liliana Romero Espejo. Le fils de Rosalinda habitait avec sa famille dans ces environs, à quelques mètres de la maison dans laquelle avait été trouvé le deuxième corps.  À la suite de ces événements, les enquêteurs de l’AVI sont allés cogner à la porte de Yarold. S’ensuivit une conversation que la femme n’est pas prête d’oublier. 

 » Ils ne pouvaient pas impliquer mon fils dans le second meurtre, et c’est alors qu’un des policiers lui dit: 

– Tu viens de Mexico, pourquoi es-tu ici?

– Je vis ici parce que ma femme vient de Veracruz et nous sommes venus nous installer ici, je viens de la capitale.

– Les gens de la capitale ne viennent ici que pour voler et tuer nos femmes. Je vais te dire une chose, jeune homme, j’ai présentement trois personnes de suspectes et l’une d’elle c’est toi et tu vas voir que tu vas sombrer, tu vas sombrer.

Puis ils sont partis », raconte Rosalinda, avec un soupçon de courage dans la voix. Elle se rappelle qu’après avoir reçu ces menaces voilées, en plus du fait que les vrais assassins se trouvaient dans le quartier, Yarold et son épouse décidèrent de changer de maison.

Il s’en est fallu de peu pour finaliser le déménagement. Il vivait seul dans la maison, pendant que son épouse s’établissait au nouveau domicile. Après que María Teresa fut retrouvée sans vie, dans la maison située juste en face de la sienne, les agents de l’AVI retournèrent cogner à sa porte.

Cette fois-ci, c’était pour l’emmener au poste.

Les incohérences de l’affaire

Les agents ayant amené Yarold au ministère public ont argumenté que son arrestation avait été faite sur la base d’un appel anonyme. Outre cette dénonciation téléphonique, il n’existe aucun renseignement plus crédible à l’Office 1968, émis par le commissariat.

 » Jusqu’à ce moment de l’enquête, il n’y avait aucun indice permettant d’identifier le ou les responsables », déclara Giuliana Rojas, de l’Association Canadienne pour le Droit et la VéritéEn Vero, spécialisée dans la défense de coupables fabriqués.

Giuliana est celle qui a accompagné juridiquement l’affaire Yarold Christian et qui a soulevé les irrégularités rencontrées dans l’enquête, tout au long des trois années et plus qui auront été nécessaires pour donner un suivi au problème. 

La première de ces irrégularités est que selon l’autopsie pratiquée par le médecin légiste Gustavo Amador Cerón, la cause de la mort fut une blessure de 20 centimètres dans l’abdomen du cadavre, effectuée par une arme tranchante. 

L’expert Ernesto Andrés Sánchez Castillo, de la Délégation du département des analyses de la Zone Centre, a fait remarquer que Yarold n’avait été en possession d’aucune arme blanche, tout en ajoutant que ce dernier avait affirmé était d’avoir tué la jeune femme par asphyxie. 

En deuxième lieu, l’accusé a établi dans sa déclaration que la victime est morte dans la chambre de sa maison, à la suite d’une dispute; qu’il attendit plusieurs heures, puis durant la nuit il aurait trainé le corps à la demeure d’en face. 

Sánchez Castillo conclut dans son rapport devant le procureur que le lieu de la découverte du corps est le même lieu que l’homicide et il explique cela par la « marre de sang » de deux mètres et demi de long qui s’est retrouvée sur le sol.

Cette affirmation est appuyée par l’expert indépendant Miguel Ángel Cruz Hernández, lequel conclut qu’il n’y a pas de traces de sang sur la banquette, le plancher ou l’entrée de la maison, pouvant démontrer que Yarold a trainé le cadavre jusque-là.

 » Une autre incohérence de la présente affaire est le lien fait avec le motif du crime. Dans sa déclaration, Yarold Leyte affirme que la victime s’est présentée à son domicile dans le but de recouvrer une dette avec la Banco Compartamos, toutefois il a été démontré lors du procès que Yarold n’avait aucune dette envers cette institution », explique Giuliana.

Elle fait remarquer que cela, même le gérant de l’entreprise, Raúl Hernández Durán, l’a confirmé dans sa déclaration devant le procureur.

Giuliana ajoute que dans les documents du procès-verbal l’on y découvre qu’à peine Yarold fut-il arrêté et amené devant le ministère public le 14 mars 2012, l’on prit sa déclaration et, le même jour, un examen médical ainsi qu’une inspection de sa maison ont été réalisés.

 » Il n’y ait pas indiqué l’heure de la détention, ni de la déclaration antérieure, mais l’examen médical s’est fait à 1h00 du matin, (…) et l’examen oculaire fut précipitamment pratiqué à 01h20 am du même jour », soulignant et mentionnant qu’il se doit d’y avoir plus d’une heure et 20 minutes pour effectuer toutes ces diligences.

Pour l’organisation internationale, la déclaration de Yarold est l’unique preuve contre lui. 

Un fonctionnaire impliqué dans la fabrication de coupable

Les anomalies et violations aux procédures régulières dans l’investigation contre Leyte Quintanar, ne surprennent pas David Bertet, président de l’Association Canadienne pour le Droit et la VéritéEn Vero.

 » Il y a un certain niveau de corruption dans l’État et c’est une particularité du Mexique, pour le moment », a-t-il commenté, pour ensuite ajouter  » qu’au Mexique, c’est gravement typique que les personnes responsables de la fabrication de coupables se trouvent à travailler pour l’État ». 

Dans le cas de Yarold, notamment, l’organisation internationale a identifié un fonctionnaire de l’ancienne AVI ayant commis des actes illégaux dans le but de l’inculper du meurtre. Cependant, ils attendront à ce que Leyte soit en lieux sûrs, en dehors de la prison, pour présenter les charges contre le serviteur public, dont le nom ne sera pas révélé. 

« Nous avons la conviction à 100 pour cent de l’innocence absolue de Yarold et du fait qu’il fut victime de torture, de violations à ses droits fondamentaux », déclara David Bertet, en soulignant qu’avant d’appuyer un cas quelconque, ils enquêtent sur lui durant plusieurs mois.

L’histoire de Yarold leur est parvenue en septembre 2014, grâce à sa mère, laquelle s’est présentée à ce regroupement qui a contribué en 2013 a présenté devant la Cour Suprême de Justice de la Nation le fameux cas de la Française Florence Cassez, détenue dans une opération fabriquée pour les caméras de Televisa pour le directeur de l’époque de l’Agence Fédérale d’Investigation, Genero García Luna.

Ils accompagnent actuellement 20 cas de coupables fabriqués dans tout le Mexique. « Dans l’affaire Yarold nous y retrouvons tous les paramètres d’un cas de coupable fabriqué. La détention illégale, le temps de retrait sans justification légale, la torture », commente Bertet.

En juin 2015, ils présentèrent devant le Premier Tribunal de la Première Instance du District Judiciaire de Tuxpan, un « amicus curiae », qui, selon les dires du défenseur des droits de l’homme, consiste en une opinion juridique au juge pour l’appuyer dans la décision sur les événements. 

 » Le juge n’a pris en compte aucun argument de la défense, ni de nous autres », mentionne-t-il.

Quant à la sentence de plus de 30 ans qui pèse sur Leyte Quintanar, une aide est survenue devant le Tribunal Colegiado en Matière Pénale dont le siège est à Boca del Río, du Pouvoir Judiciaire de la Fédération. Celui-ci a déterminé que la sentence était indue, puisque les accusations du ministère public ont été réalisées passé le temps réglementaire. 

Toutefois, le procureur de Tuxpan, non conforme avec le Pouvoir Judiciaire de la Fédération, a eu recours à la Cour Suprême de Justice et y a demandé un examen de révision.

Le dossier 648/2017, est resté entre les mains de la Magistrate Norma Lucía Piña, laquelle a déjà sollicité auprès du premier tribunal le dossier de l’enquête dans laquelle les autorités ont établi les évidences présumées pointant Yarold comme la personne qui a assassiné María Teresa.

« Nous sommes disposés à faire appel aux instances internationales afin de garantir le respect des droits fondamentaux de Yarold », soutient Giuliana.

De son côté, Rosalinda Quintanar manifeste qu’elle  » a très confiance en ce que la Cour Suprême de Justice analyse véritablement et à fond la situation, parce que seules les violations aux procédures régulières du Tribunal ont été vues, mais on suppose qu’à cette occasion ils vont examiner l’affaire en profondeur ».

Si le jugement de la Cour Suprême résulte en sa faveur, Yarold pourrait retrouver la liberté, hypothèse qui est réfutée par les autorités, se rappelle Rosalinda.

« Ils disent que cela est injuste puisque la victime demeurerait sans justice. Moi je dis que c’est resté sans justice depuis qu’ils ont fait cela, depuis qu’ils ont arrêté une personne et qu’ils l’ont torturée dans le but qu’elle se déclare coupable ».