Affaire Wallace (le 31 mars 2017)

Source : Los Ángeles Press
Auteure : Guadalupe Lizárraga
Le 31 mars 2017 (Publication originale en Espagnol le 15 Juin 2014)
Traduction : Jacques Blaise, Ashley Mayer-Thibault

Archéologie de l’Affaire Wallace

Un appel daté du 1er novembre 2005 réalisé avec le téléphone cellulaire d’Hugo Alberto Wallace, quatre mois après son meurtre présumé, a, pendant [douze] ans, empêtré dans des contradictions sa mère, Isabel Miranda Torres. Le 8 juin [2014] à Mexico, Miranda a tenté d’expliquer aux médias l’origine de l’appel et les raisons pour lesquelles le cellulaire de son fils était toujours en service après son décès présumé, faisant suite à des rapports récents présentant des indices de vie d’Hugo Alberto Wallace. Cependant, ses dates et ses déclarations ne correspondaient pas avec cinq témoignages : ceux du propriétaire du téléphone cellulaire qui reçut l’appel et de quatre autres personnes qui reconnurent la voix de son fils Hugo Alberto.

« Il y a une déclaration de José García Sepúlveda, la personne qui a reçu un appel du cellulaire de mon fils ; quand mon fils a été kidnappé j’ai continué à payer – quasiment un an, jusqu’à ce que je sache qu’il était mort – l’abonnement téléphonique, avec comme but de localiser l’appareil et pouvoir obtenir une réponse, » a déclaré Miranda [le 8 juin 2014] aux médias.

Miranda Torres a officiellement appris que son fils était présumé mort le 9 février 2006, avec la déclaration de l’inculpée Juana Hilda González Lomelí, laquelle présente maintenant des signes de torture psychologique, d’humiliation sexuelle et de menaces de mort contre elle-même et sa famille, et qui est incarcérée depuis lors, au même titre que cinq des autres accusés. Mais dès les premières heures du 13 juillet 2005, sans véritable preuve criminelle et sans enquête judiciaire, le beau-père d’Hugo Alberto, le Nicaraguayen Enrique del Socorro Wallace Díaz, avait déposé une plainte au bureau du procureur général de la justice du District fédéral pour « privation de liberté » 

Le même jour, à 3 h 48 du matin, seulement 30 heures après la disparition alléguée de Hugo Alberto Wallace, le chauffeur Luis Antonio Sánchez Rubio, a affirmé à la même autorité juridique qu’Hugo Alberto « avait été kidnappé ». Deux heures plus tard, à 5 h 26 du matin et devant la même autorité, Isabel Miranda dépose une autre plainte pour enlèvement. Par la suite, le neveu de Miranda, Abraham Pedraza, porte plainte lui aussi. En moins de 48 heures, la famille a déposé quatre plaintes pour enlèvement pour une même supposée victime. Les deux seuls indices motivant la plainte ont été son absence ainsi que la trouvaille, « par chance », de sa voiture stationnée près du restaurant Konditori, dans le quartier d’Extremadura Insurgentes, dans l’impasse des Carracci et Empresa.

Le 18 juillet 2005, sept jours se sont déroulés après l’événement quand l’agent du PFI (Police d’investigation fédérale), Moisés Castro Villa, attaché au AFI (Agence fédérale d’investigation) présente son premier rapport. Il affirme que « jusqu’alors, nous n’avions reçu aucun appel confirmant l’enlèvement ou présentant la moindre demande en échange de la libération de M. Hugo Alberto Wallace Miranda. » 

Extrait de l’original en espagnol de la dénonciation de Maria Isabel Miranda Torres (de Wallace) pour enlèvement

L’appel avec la voix de Wallace

De son côté, le Bureau du procureur fédéral a retracé les appels qui ont été faits depuis le téléphone de la victime et a localisé l’appel enregistré avec le téléphone de José García Sepúlveda le 1er novembre 2005. Quant à elle, Isabel Miranda Torres affirme aux médias – neuf ans plus tard – qu’elle avait été la première à l’époque à rapporter le message enregistré aux autorités.

« Cet appel qui a été effectué depuis le téléphone de mon fils en direction de cet autre téléphone, j’ai été la première à le dénoncer (…) ; et ensuite ce monsieur se présente pour témoigner parce que les procureurs l’ont appelé et il apporte un enregistrement… » déclare Miranda, elle nie reconnaître le numéro de téléphone enregistré : 5552-081512, « il s’agit d’un autre numéro, très différent de celui de mon fils ».

Isabel Miranda a également dissimulé aux médias le fait que son fils possédait deux téléphones cellulaires, comme nous l’avons rapporté dans notre première partie, par le Los Ángeles Press. Information confirmée par la déclaration ministérielle du 15 novembre 2005 de Vanessa Bárcenas Díaz, ancienne petite amie d’Hugo Alberto, cette dernière qui a reconnu la voix de Wallace et a confirmé qu’il utilisait bien deux cellulaires.

« …après avoir écouté soigneusement et à plusieurs reprises cette conversation, je déclare reconnaitre entièrement et sans aucun doute la voix de la personne comme étant celle d’Hugo Alberto Wallace Miranda, puisque depuis la durée de notre relation, je l’ai souvent entendu parler lorsqu’il était saoul et qu’il employait ces mots. À part cela, il s’agit bien du ton de sa voix et je puis affirmer qu’il s’agit bien de sa voix ; aussi Hugo Alberto Miranda avait l’habitude de parler sur deux téléphones en même temps ; il avait l’habitude de porter deux téléphones cellulaires. »

Les trois autres personnes à avoir reconnu la voix d’Hugo Alberto Wallace sont l’employée domestique, Isabel Neri Lujano; le chauffeur, Luis Antonio Sánchez Rubio; et son ami, électricien et installateur de caméras de sécurité au domicile de M. Wallace, Rodolfo Munguía. Isabel Miranda a également échoué à répondre aux questions de la presse, à savoir comment ces personnes ont reconnu la voix de son fils dans l’enregistrement sans avoir attestées du paiement mensuel supposé « pendant un an pour localiser le dispositif », après sa mort présumée. À l’inverse, le 10 novembre devant le bureau du procureur public, le propriétaire du téléphone a fourni des informations détaillées de l’appel qu’il a reçu. Il a confirmé que ce numéro était le 5552081512, et que le sien était bien le 044 55 54 56 30 24, lequel avait été payé le 15 juillet de cette même année, et a présenté le numéro de facture 901-2995892 avec le numéro de contrat A-04653.

García Sepúlveda insiste dans sa déclaration ministérielle sur le fait qu’il reçoit un premier appel en rapport avec Hugo Alberto Wallace depuis un numéro inconnu le 30 septembre 2005. Il affirme avoir répondu à une voix féminine qui lui a demandé si « c’était le téléphone de Wallace, » et qu’il a répondu que non, que c’était un mauvais numéro. La dame a alors insisté et lui a demandé s’il connaissait ou travaillait « pour M. Wallace ». Il a recommencé à lui dire qu’elle se trompait d’interlocuteur, lui a donné son nom complet en tant que propriétaire du numéro, la dame s’est alors fâchée et lui a raccroché au nez. Le deuxième appel a eu lieu le 1er novembre à 3 h 28 du matin lorsque le message avec la voix de Wallace a été enregistré :  

« … qu’est-ce qui se passe, regarde je suis totalement beurré, mec, je sais que je t’ai laissé tomber, mais je m’en fous, quoi…ici, qu’est-ce qui se passe mec, regarde-moi picoler ici mec, je m’en fous, tu sais quoi mec, tu sais qui m’a joué. »

José García Sepúlveda est convoqué par les autorités pour une seconde audience quatorze jours après ce message. Pendant la réunion, il montre aux autorités ministérielles l’historique de ses appels pour la période allant du 2 septembre 2005 au 3 novembre 2005. Il confirme à nouveau sa déclaration lors d’une troisième comparution, le 23 novembre 2005.

Le 8 juin 2014, suite aux révélations du Los Angeles Press, Isabel Miranda présente en conférence de presse des documents à partir desquels elle prétend accréditer la thèse de l’enlèvement et du meurtre de son fils. Photo: impacto.com.mx

La déclaration de la femme de chambre

Isabel Neri Lujano, femme de chambre d’Hugo Alberto Wallace, a également reconnu la voix de son employeur dans le message laissé à José García Sepúlveda le 1er novembre 2005. Elle le déclare le 14 novembre de cette même année devant le bureau du procureur public, en affirmant avoir commencé à travailler pour Wallace au début du mois de juin avec un quart de travail de 10 h à 20 h du lundi au vendredi et le samedi jusqu’à 18 h. Neri Lujano indique avoir vu Hugo Alberto Wallace pour la dernière fois le 11 juillet 2005, le jour de son enlèvement et de son meurtre présumé. Ce jour-là, elle entend Wallace se disputer avec le chauffeur, Luis Antonio Sánchez, surnommé « El Chaparro », lequel reconnait également le message vocal sur le téléphone cellulaire de Sepúlveda García.

Neri Lujano met l’accent dans sa déclaration sur le fait que Wallace, ce jour-là, a reçu un appel durant le dîner, et qu’après avoir terminé de manger, est monté dans sa chambre à coucher. Une demi-heure plus tard, elle l’a entendu fuir dans un véhicule. Le gardien lui a ensuite dit que « le boss » était parti et qu’il l’avait appelé sur son cellulaire afin de « prendre en charge la maison. » Ces évènements se seraient déroulés à 20 h 50 selon sa déclaration ministérielle. 

Le jour suivant, soit le 12 juillet, la femme de chambre affirme qu’Isabel Miranda la cherchait et que le gardien de maison lui a alors dit « de communiquer avec Mme. Miranda. » Neri l’appelle aux alentours de 11 h du matin, Miranda la questionne immédiatement au sujet d’Hugo Alberto Wallace. Selon la femme de chambre « elle ne savait rien », et lui affirme « je viens d’arriver », en montant jusqu’à la chambre, elle se rend compte que tout est identique à la veille, ce pourquoi elle suppose alors qu’Hugo Alberto n’était pas rentré pour dormir.

L’employée indique qu’une fois son appel avec Isabel Miranda terminé, Geazul Ponce Julia, la petite amie d’Hugo Alberto est arrivée. « En pleurs, elle lui dit qu’Hugo avait disparu, » affirme Néri et que « la dame est montée jusqu’à sa chambre où elle a cherché des factures de téléphone, des planificateurs de jour ou des papiers avec des numéros de téléphone, mais n’a rien trouvé. » Cependant, la petite amie a dit à la femme de chambre que les armes à feu étaient toujours là, « il ne les a pas pris avec lui, » a-t ’elle expliqué en lui montrant « trois pistolets ». Neri affirme que Geazul a emporté avec elle un dossier jaune, expliquant qu’il lui appartenait, avec des documents comprenant environ une dizaine de pages.

Neri Lujano explique également que la sœur d’Hugo Alberto, Claudia Wallace, est arrivée peu de temps après Geazul Ponce Julia, à 14 h approximativement, lui a ordonnée de descendre les téléphones qui étaient dans les chambres à coucher, a discuté avec la compagne d’Hugo et s’en alla. 

Le 13 juillet, « aux alentours d’1 h 30 du matin, Mme. Wallace est arrivée avec son frère Roberto à qui elle a dit de rester sur place et de s’en aller tôt le matin », narre l’employée aux autorités. Elle affirme que le frère d’Isabel Miranda, avant de partir, lui a demandé une casquette appartenant à Hugo Alberto et s’en est allé ensuite avec sa camionnette. La déclaration de l’employée se termine par l’identification des amis fréquentés par Hugo Alberto, du fait de la requête des autorités chargées de l’enquête qui avaient déjà des photos des amis les plus proches d’Hugo avant-même que 48 heures ne se soient écoulées depuis sa disparition. L’employée identifie Karla Patricia Zamudio, dite « la Vampi » qu’elle n’a vu « qu’une seule fois »; Geazul Ponce Julia, la petite amie; Mónica Pacheco Salazar, une amie; Ricardo Gómez dit « El Chucky », cousin de Geazul et ami d’Hugo; César Chávez dit « El Gato », un ami d’Hugo, « elle ne le vit qu’une fois » et le surnommé « El Coby » dont elle ne se souvient plus du nom. 

Isabel Miranda a estimé que son fils avait été enlevé dans les 12 heures qui ont suivi son absence

Isabel Miranda Torres, lorsqu’elle parle au téléphone avec la femme de chambre le matin du 12 juillet, a déjà alerté sa famille et ses amis de l’enlèvement présumé. Une des premières personnes à avoir appris la disparition d’Hugo Alberto est Geazul Ponce Julia, qui est arrivée vers midi « les larmes aux yeux » à la maison de son petit ami. Après 14 h, selon la déclaration de Miranda Torres, cette dernière s’est rendue au siège social de la compagnie Cinépolis Perisur, le lieu où se serait supposément rendu son fils. Elle y a demandé la vidéo de la caméra de surveillance pour découvrir à quelle heure il serait sorti. La personne en charge a répondu que c’était impossible sans ordonnance du tribunal. À partir de là, elle déclare avoir « couvert l’endroit au peigne fin » et avoir parcouru les parkings, avenues et zones adjacentes avec son mari, son frère, son neveu Jorge Alejandro Ortega, et le chauffeur d’Hugo Alberto, lequel avait affirmé que Wallace aurait pu se rendre au restaurant Konditori où, à plusieurs occasions, il l’avait conduit pour voir une dame.

Dans sa déclaration du 13 Juillet devant le PGJDF (le bureau du procureur général du district fédéral), Miranda Torres affirme que son neveu a trouvé la camionnette le 12 juillet, et qu’à 15 h 30 il a également repéré qu’une autre camionnette, blanche et non-immatriculée s’approchait. Lorsque Miranda est arrivée elle-même sur les lieux, des voisins et des spectateurs lui ont dit que « ce matin-là (du 12 juillet) ils avaient vu une personne sortir » et être emmenée aux appartements du n°6 avenue Perugino.  

Une enquête réussie

« Cela me stupéfie toujours de voir la rapidité avec lequel l’instinct de mère a réveillé en elle la suspicion fatale : avant 24 heures, elle, seule, avait découvert l’endroit où se trouvait la fourgonnette de Hugo, commençant ainsi à développer des dons de détectives dignes d’Agata Christie. » —Extrait du livre de Martín Moreno. Le Cas Wallace. p. 114

Dix jours plus tard, Isabel Miranda est une nouvelle fois invoquée à comparaître devant le Bureau du procureur général, et, en réitérant sa déclaration, modifie la déclaration de l’heure à laquelle ils auraient aperçus la camionnette, en affirmant qu’ils l’avaient retrouvée « par chance » à 20 h.

« …par chance le 12 Juillet 2005, autour de 20 h, ils retrouvent la camionnette noire blindé abandonnée, une Cherokee de 1998, immatriculée 518-SRR, appartenant à Hugo Alberto. »

Et s’agissant du moment où ils ont aperçu deux personnes en sortir une troisième du véhicule :   

« …il y avait plusieurs personnes, des résidents du quartier, l’un d’eux s’est approché d’elle, et, en la voyant pleurer, lui a demandé qui était, pour elle, la personne qui avait été sortie du véhicule ; elle lui a répondu que c’était son fils. Il lui a ensuite révélé avoir entendu un véhicule freiner dans la matinée, et en regardant par la fenêtre, qu’il avait réussi à voir qu’ils étaient en train de sortir une personne qu’ils ont ensuite amenés à l’immeuble de l’avenue Perugino. » (Déclaration ministérielle d’Isabel Miranda au PGJDF, les 13 et 23 juillet 2005).

Des divergences entre Enrique Wallace, sa femme et les faits

Dans sa déclaration, Enrique Wallace Díaz affirme qu’en cette journée du 12 juillet, lorsqu’il monte dans l’appartement au n°6 avenue Perugino, le lieu où le meurtre a supposément eu lieu, il y rencontre un enfant d’environ neuf ou dix ans. L’enfant lui aurait déclaré avoir entendu des coups de feu dans la nuit du lundi, et qu’ensuite, vers quatre heures du matin, il aurait « vu deux individus sortir une personne blessée et en sang, elle-même soutenue par les bras et descendue par les escaliers. » Wallace affirme dans sa déclaration que la personne blessée en question était son fils, et que c’est l’enfant qui lui a indiqué que l’appartement où les événements avaient eu lieu était le 4.

Isabel Miranda maintient sa propre version à propos de la déclaration supposée de l’enfant :

« …un jeune garçon d’environ huit ou dix ans leur a dit que les jeunes femmes habitaient dans l’appartement numéro quatre, mais qu’elles ne pouvaient pas les accueillir parce que cette nuit-là il y a eu un problème dans l’appartement où des coups de feu ont été entendus, une personne a été descendue par les escaliers par deux individus. Le garçon a affirmé que l’un d’entre eux était un policier qu’il reconnaissait et un autre individu, qu’il y avait deux personnes devant la porte qui semblaient monter la garde ; que le matin le rampe d’escaliers avaient été nettoyée, et qu’une des deux jeunes femmes avait quitté la scène parce que quelque chose s’était passé et qu’elle ne pouvait pas les accueillir. »

La mère de l’enfant, Vanesa Figueroa Martínez réfute les deux versions dans sa déclaration ministérielle :

« …vers 18 h il [fils] est allé jouer dans les couloirs de l’immeuble où habite sa mère ; un homme est venu lui demander s’il avait vu une grande dame blonde et plantureuse et si elle habitait dans le bâtiment. Il lui a répondu que non. Il lui a de nouveau demandé si une personne avec ces caractéristiques vivait dans l’immeuble, et il lui a de nouveau rétorqué que non. Par la suite, autour de 19 h, quelques voitures de police sont arrivées et ce sont garées à l’extérieur, les individus n’étaient  pas en uniforme; à ce moment-là sa mère l’a appelé, mais quelqu’un a affirmé qu’il était l’enfant, sans savoir ce que cela voulait dire, et sa mère leur a dit qu’il était impossible que son fils leur dise quoique ce soit, puisqu’il ne vivait, ni n’avait passé la nuit, chez elle; il a appris à travers sa mère que ces personnes ont expliquées l’avoir entendu témoigner de sa présence dans l’immeuble lors des coups de feu; il leur a dit qu’il n’a pas entendu de fusillade le mardi 12 juillet dans cet immeuble, qu’il ne savait pas ce qui c’était passé le jour précédent, n’étant pas allé à l’appartement de sa mère et n’y ayant pas dormi; et qu’il n’avait à aucun moment vu un homme blessé, qu’il ne savait rien et qu’il n’avait jamais entendu de coups de feu ailleurs qu’à la télévision ou au cinéma. »  

Le 22 septembre 2005, le beau-père d’Hugo Alberto, Enrique Wallace, change sa déclaration aux autorités chargées de l’enquête. Il maintient que pour lui il ne s’agit pas d’un enlèvement parce qu’il n’a pas reçu de demande en échange. Il en atteste dans un document officiel signé par l’agent Moisés Castro Villa, le premier à remettre son rapport, une semaine après l’événement, pour affirmer qu’il ne s’agissait pas d’un enlèvement.  

La déclaration d’Enrique Wallace :

« … que, jusqu’à ce moment son fils reste porté disparu, qu’il n’a reçu aucun appel ou aucun message à propos du lieu où il se trouve, qu’ils n’ont fait aucune demande de rançon; les résultats de l’enquête sur le lieu où pourrait se trouver son fils étaient négatifs; il était possible que son fils ait disparu puisqu’il ne pouvait affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’un enlèvement, n’ayant reçu aucune demande de la part de personne. »

Isabel Miranda Torres, se référant à la déclaration de son mari de ce jour-là, fait une autre déclaration le 28 septembre. Lors de cette audience, elle explique aux autorités chargées de l’enquête que le 22 septembre, à 13 h 15, « elle a reçu un appel téléphonique de deux hommes qui menaçaient de tuer la victime ; un des individus lui dit : « Je ne t’ai pas envoyé de photos ou de messages pour qu’ils fassent partie du fichier SIEDO, il n’y aura pas de communication avant que tu te débarrasses du négociateur AFI ». Et Miranda conclut en affirmant que c’est pour cette raison que son mari avait demandé aux procureurs de ne pas enquêter davantage pour le moment.

Isabel Miranda contre Isabel Neri Lujano

La déclaration d’Isabel Miranda le 13 juillet entre aussi en contradiction avec le témoignage de la travailleuse domestique Isabel Neri Lujano. Miranda explique en effet aux autorités que l’employée lui aurait confiée que le 11 juin, son fils en revenant de la salle de sport lui avait demandé une collation. « En l’espace de cinq minutes, elle a réussi à entendre un appel qu’il reçut sur son téléphone cellulaire, et sans prendre le temps de ne se doucher ni d’allumer les lumières, il est ensuite parti d’un air pressé » affirme Isabel Miranda.

Outre l’employée domestique, ces faits allégués déclarés par Miranda ne coïncident pas non plus avec les déclarations des autres témoins de cette journée. Le gardien de l’immeuble, Carlos Coronado Martínez, confirme le 25 octobre son témoignage précédant dans lequel il avait indiqué qu’Hugo Alberto Wallace l’avait appelé après être sorti à 8 h 50 pour lui demander de « prendre en charge la maison » et qu’il allait au cinéma avec une amie. Une autre déclaration à aller dans le même sens est celle de Karla Patricia Zamudio Izquierdo dite « La Vampi », qu’Hugo a appelé sur le chemin du cinéma pour lui dire avec qui il se trouvait et où ils se dirigeaient.

Miranda Torres souligne que Geazul Ponce Julia est venue au domicile, comme la femme de ménage le lui avait dit. Cependant, Miranda, a, une fois de plus, déformé la déclaration en détaillant un évènement survenu à peine quelques heures auparavant. Elle a indiqué que « Geazul était une cousine de Ricardo Gómez Medina, lequel a un lien de parenté avec César Chávez dit « El Gato, » et avec Karla Zamudio, dite « La Vampi ». Les deux ont un accès direct aux états financiers et à la maison de son fils. Pour rentrer, Geazul a ouvert la porte avec un couteau, elle est allée dans la chambre d’Hugo Alberto, d’où elle a sorti plusieurs objets ; elle (l’employée) lui a dit qu’elle ne pouvait pas faire ça, mais Geazul lui a répondu de se mêler de ses affaires et qu’elle savait ce qu’elle faisait. »

Geazul Ponce Julia avait déclaré être la petite amie d’Hugo Alberto du 7 février 2005 jusqu’au jour de sa disparition. À l’inverse, Isabel Miranda lui a attribué une relation amoureuse avec l’un des amis identifiés de Wallace, et a désigné Mónica Salazar Pacheco (une amie d’Hugo) comme étant la petite amie de son fils. Mais c’est bien Geazul qui a été reconnu comme la personne se rendant régulièrement au domicile d’Hugo, à la fois par le gardien de l’immeuble et par la travailleuse domestique. Dans sa déclaration ministérielle Geazul affirme qu’elle se trouvait dans la maison d’Hugo Alberto entre 12 h et environ 14 h quand la sœur d’Hugo, Claudia Wallace, est arrivée. Elle souligne également qu’« elle est allée dans la maison d’Hugo Alberto où il y a des caméras de surveillance », avec la permission de la femme de ménage, à laquelle elle a dit de « trouver les téléphones cellulaires d’Hugo et de voir dans les listes de contacts les numéros de ses amis pour leur demander s’ils savaient quelque chose d’Hugo, mais l’employée lui a répondu que le matin ils étaient venu récupérer les téléphones, sans préciser de qui il s’agissait. » 

À l’inverse, Miranda Torres indique que Geazul est venu avec une arme blanche menacer directement la travailleuse domestique. Ce que Neri Lujano n’a pas confirmé ni mentionné aux autorités chargées de l’enquête. 

Les amis d’Hugo Alberto Wallace, tous des suspects

Le 13 juillet, en moins de 48 heures, Isabel Miranda Torres, avait réussi à déposer quatre plaintes pour privation de liberté contre son fils, sans enquête judiciaire préalable ou une quelconque demande financière. Et dix jours plus tard, le 23 juillet, elle avait localisé les meilleurs amis de son fils, avait préparé une liste de responsables potentiels à partir des informations récupérées dans l’« historique » de ses téléphones cellulaires. Par la suite, en trouvant un autre alibi, elle cessera de mentionner ces téléphones comme des preuves.

« …le même jour (le 11 juillet 2005) à midi, elle reçoit un appel sur le téléphone Nextel de la part de César Chávez dit « El Gato ». Il lui demande s’il peut parler à Hugo Alberto, lui demandant ensuite si Hugo pouvait le rappeler sur son cellulaire; elle apprend par la suite qu’ « El Gato » était resté dormir chez son fils, dans la mesure où il avait avoué être très fatigué et qu’il était trop tard pour rentrer chez lui, refusant de partir de la maison d’Hugo Alberto, il a demandé au gardien de l’immeuble si les autres logements de la copropriété appartenaient à Hugo Alberto, ce que le gardien a trouvé étrange; après ça, elle s’est entretenu avec Ricardo Gómez dit « El Chuckie, », qui lui a affirmé avoir vu Hugo Alberto pour la dernière fois la nuit du 8 juillet 2005, il était en compagnie de Victor Varela Paco dit « Versace, » et avec César dit « El Gato », et ne l’a plus revu depuis ; d’après l’historique des appels César aurait parlé à son fils le jour de sa disparition; elle a ensuite appelé « El Gato » qui lui a révélé qu’il avait vu son fils pour la dernière fois la nuit du vendredi en compagnie de Ricardo et de Victor, de fait, il était resté dormir chez lui samedi; le mardi 12 juillet 2005, autour de 18 h, elle s’est entretenue avec Karla dite « La Vampi » qui lui révéla avoir parlé à Hugo le lundi à 9 h 02. »  

L’idée d’un faux enlèvement a pris de l’essor quand son mari s’est retiré du cas d’Hugo Alberto, et qu’elle a mené l’enquête en contredisant les agents fédéraux, et ce malgré les preuves telles que l’appel survenu depuis le téléphone cellulaire d’Hugo Alberto, quatre mois après sa mort présumée. En février 2006, Miranda avait reconstruit le cas Wallace avec de nouveaux suspects et une histoire différente, selon laquelle son fils aurait été tué et démembré avec une scie mécanique dans l’appartement n°6 et qu’une rançon de  950,000 pesos avait été exigée.