Affaire Wallace (15 mars 2017)

Source : Los Angeles Press
Auteure : Guadalupe Lizárraga
Le 15 mars 2017 (Version originale en Espagnol publiée le 15 février 2017)
Traduction : Ashley Mayer-Thibault
Révision : Jacques Blaise

Le témoignage de Wallace sur « un homme armé habillé en femme » démenti par la militante

Entretien avec Maria Guadalupe Vicencio Sanchez, dite « Mary Sainz », la militante de l’État du Tamaulipas qui a interpelé Isabel Miranda Torres le 12 février lors de la marche de soutien au président mexicain Enrique Peña Nieto. 

– Sois sérieuse ! Tu ne sais pas qui est madame Wallace ?
– Si, c’est quelqu’un qui torture afin de protéger la mascarade de son fils !
– Tu ne sais pas à quel point madame Wallace a les bras longs ? Il vaut mieux que tu lâches l’affaire.
Le garde du corps d’Isabel Miranda Torres, la « Señora Wallace », touche le bras de la militante et se rabaisse pour lui répéter à l’oreille : il vaut mieux que tu lâches l’affaire !

Mais Mary Sainz n’a pas lâché l’affaire. Au contraire, elle a intensifié ses interruptions devant les caméras de télévision, qui filmaient les déclarations de Miranda Torres en tant que co-organisatrice de la marche du dimanche 12 février en soutien au Président Peña Nieto contre les humiliations du président étasunien Donald Trump.
« Sale rate ! Assassine ! Escroc ! » – Sainz appuie les cris que la foule adresse à Wallace. Et pendant ce temps, alors que Miranda essaie de prononcer quelques mots face aux caméras, Laura Zapata, son accompagnatrice, se rapproche de Sainz et lui donne un coup de poing à l’épaule pour la faire taire.

– Pourquoi est-ce-que tu m’agresses ? – réagit la militante – si moi je ne t’agresse pas, je suis en train de crier mes consignes parce que tout ceci est une mascarade.
La militante se rend alors compte à cet instant qu’il s’agit de Laura Zapata, la sœur d’une chanteuse du nom de Thalía.
– Ah, tu es la sœur de Thalía, Laura Zapata. Quelle déception, maintenant je me rends compte que tu es partie prenante de ces machinations. Je t’admirais et compatissais avec toi à cause de ton enlèvement mais en te voyant maintenant en compagnie de cette tortionnaire, de cette falsificatrice, de cette menteuse, qui vient ici pour essayer de berner les gens, maintenant je constate que tu fais partie de toutes ces machinations. Et toi aussi, avec Televisa et TV Azteca, tu es une arnaqueuse.

Cette dernière s’avançait avec un groupe d’une cinquantaine de personnes qui étaient à la traine dans la marche et elle – avec quatre autres organisateurs de la perturbation contre Wallace – réussit à la suivre de près. Sur sa tunique se trouvaient des mots d’ordre appelant à la justice pour Ayotzipana, Nochixtlán et le faux-cas Wallace, entre autres. Elle réussit à franchir la première clôture pour se retrouver auprès d’une vingtaine de personnalités publiques gardées par des grenadiers, lesquels l’appréhendèrent avec violence lorsqu’elle essaya de prendre une photo. Elle s’est alors évanouie. « C’était à cause du manque d’air, d’adrénaline, et je n’avais rien mangé », témoigne-t-elle. 

Mary Sainz milite depuis des années et notamment dans son état natal du Tamaulipas. Elle aide les organismes de droits humains et réalise des actions contre la corruption ainsi que différentes formes de prédation contre des Mexicains tant dans la ville de Mexico que dans sa région d’origine. Via ses réseaux sociaux, elle fait preuve de soutien à Brenda Quevedo Cruz, l’une des victimes du faux cas Wallace. Cette dernière a été torturée à deux occasions sous ordres de Miranda, selon les déclarations des tortionnaires eux-mêmes au moment de l’agression, dont l’un n’est autre qu’Oswaldo Jiménez Juárez, agent ministériel du Procureur général de la république (PGR, Procuraduría General de la República), lequel fut identifié devant le juge par Jacobo Tagle Dobin, une autre victime.

La militante explique au journal Los Angeles Press avoir suivi les informations dévoilant la fausseté du cas dans la presse étrangère, par contraste avec la censure et la manipulation des médias ayant cours au Mexique. Elle note par ailleurs avoir même été l’une des personnes à croire initialement aux mensonges de Miranda « au début de sa supercherie, lorsque Televisa la montrait en train de pleurer ». Mais elle a petit à petit été informée de la vérité via les informations diffusées par certains organismes à but non lucratif et médias internationaux. À l’échelle nationale, elle mentionne la Ligue mexicaine de défense des droits humains (Liga Mexicana por la Defensa de los Derechos Humanos, LIMEDDH) dirigée par Adrián Ramírez.  

La militante indique qu’ils sont des « citoyens normaux », fatigués de la corruption et des injustices faites au peuple. « Nous ne sommes sous l’autorité de personne ni d’aucun parti. Nous voulons seulement que cesse l’impunité de Wallace et de beaucoup d’autres. Nous ne la laisserons salir les entretiens dans l’ombre derrière les caméras avant leur diffusion, étant donné qu’ils sont habitués à manipuler la vérité ».

Depuis l’État du Tamaulipas, Mary Sainz voyage à la ville de México pour soutenir les marches et manifestations ayant lieu tous les 26 du mois en solidarité avec les familles et amis des 43 étudiants d’Ayotzinapa disparus en septembre 2014 et qui continuent à demander justice. Lorsqu’elle a eu vent de l’appel d’Isabel Miranda Torres, son indignation s’est intensifiée et le 12 février elle a finalement proposé d’aller perturber la marche.

« Voici l’homme que je suis, selon madame Wallace » –affirme la militante en réponse aux déclarations faites par Miranda aux médias pour justifier son abandon de la marche, notamment parce qu’un homme armé, habillé en femme, l’aurait harcelé. « Je n’ai rien à voir avec un homme armé habillé en femme. Wallace est partie parce que nous étions en train de lui crier ses quatre vérités. Nous avons réussi alors que nous n’étions que quelques personnes. Si à cinq nous avons pu perturber la présence de Wallace à la marche, imaginez ce que nous pourrions faire en tant que peuple organisé ».