Affaire Judith Brassard (23 décembre 2017)

Source: Los Ángeles Press
Le 23 décembre 2017
Traduction: Sandrine Blanvillin (Version originale en Espagnol le 19 décembre 2017)

 

Une ONG canadienne présente de nouvelles preuves d’innocence dans le cas Judith Brassard, en Colombie

 

Au cours de la conférence de presse qui s’est tenue le 19 décembre dans l’auditorium San Luis Beltrán du Collège Jordán de Sajonia de Bogotá, l’organisation canadienne de défense des droits de l’homme En Vero a présenté les éléments de preuve soutenant le recours en révision déposé le lundi 18 décembre devant la Cour suprême de justice de Colombie dans le cas de la Canadienne Judith Brassard.

Judith Brassard a été condamnée à 28 ans de prison en 2010 pour le meurtre de son mari Felipe Rojas Gnecco survenu le 4 décembre 2006. La citoyenne canadienne, qui a toujours clamé son innocence au cours des neuf années d’emprisonnement qui se sont écoulées, a reçu depuis 2015 un appui de la part de l’organisation canadienne qui a donné un nouveau tournant à son cas. En Vero a reçu à son tour l’appui d’une autre fondation colombienne de défense des droits de l’homme, Fonde Justicia y Verdad, dont le représentant est intervenu durant la conférence de presse.

Le président de En Vero, David Bertet, a présenté quelques-uns des éléments de preuve que l’organisation a pu rassembler après presque deux ans d’enquête. Il a ajouté qu’il s’agissait de faits et de preuves nouvelles qui respectent les critères établis par la Constitution colombienne concernant la déposition d’un recours en révision, dont le caractère est exceptionnel.  Rappelons que la sentence condamnant Judith Brassard à 28 ans de prison avait été confirmée par la Cour suprême de justice de Colombie en 2013, c’est pourquoi le recours devant la plus haute Cour du pays devait être fondé sur de nouveaux éléments de preuve.

L’activiste international a insisté sur le fait que le contexte juridique actuel est aujourd’hui plus favorable à la ressortissante canadienne, et qu’il est très probable que le principe de In dubio pro reo, ou  doute raisonnable, s’applique cette fois-ci. Ainsi, les choses, les défis que la Cour suprême doit affronter depuis que de possibles pratiques illégales de la part de l’ex-président du tribunal de la cour, et auteur du rapport ayant confirmé la condamnation de Judith Brassard – l’ex-magistrat Leónidas Bustos – ont été prouvées, il existe une véritable opportunité pour renforcer l’état de droit en Colombie.

Selon les mots mêmes de David Bertet, « nous défendons les personnes comme Judith Brassard, qui sont innocentes et victimes d’une pratique que nous appelons la fabrication de coupables. Notre mission et notre philosophie est de travailler avec les autorités et le pouvoir judiciaire. Nous n’allons pas à leur encontre, mais nous travaillons pour que les droits de l’homme soient renforcés et protégés dans le cadre légal ».

En faisant allusion au cas Brassard, David Bertet a expliqué que « le plus frappant dans ce cas, et aussi le plus préoccupant, ce n’est pas que la famille du défunt ait probablement tenté d’orienter l’enquête du bureau du procureur de Santa Marta vers Judith Brassard à l’époque des événements. Et nous avons des preuves de cela. Mais le plus inquiétant, c’est que les autorités responsables de l’enquête se soient laissées influencer par les pressions extérieures, et que l’influence de ceux qui voulaient voir Judith en prison ait généré un effet corrupteur sur l’ensemble du procès, depuis l’étape cruciale de l’enquête jusqu’au processus judiciaire, au cours duquel, ni la présomption d’innocence, ni le principe de doute raisonnable n’ont été respectés ni protégés ».

Bertet a affirmé qu’En Vero présenterait dans les prochaines semaines une demande de mesures de protection devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour s’assurer que la procédure régulière soit strictement respectée.

La conférence s’est terminée sur quelques mots de Judith Brassard, enregistrés depuis la prison de Santa Marta. La ressortissante canadienne s’est adressée aux autres personnes innocentes en Colombie, ainsi qu’à ses deux enfants, Mariana et Felipe. « Bientôt, nous serons à nouveau réunis à l’air libre et avec l’esprit tranquille parce qu’enfin, justice aura été faite ».